Trésorerie

Croissance rapide : pourquoi on peut manquer d'argent en gagnant des clients

Des commandes qui affluent, un chiffre d'affaires qui double, et pourtant un compte bancaire qui plonge. Ce paradoxe a un nom, l'effet ciseau. Il frappe les entreprises saines au moment où elles réussissent, et il se prévoit mieux qu'il ne se subit.

Pascal-Olivier VoisinPrésident, Finelix Conseil
Préparatrice fermant un carton au ruban adhésif dans un entrepôt d'expédition

Le mécanisme : vous payez avant d'être payé

Pour livrer une commande, vous achetez des matières, payez des salaires, parfois constituez un stock. Ces dépenses sortent avant que le client ne règle sa facture, trente, soixante ou quatre-vingt-dix jours plus tard. Cet argent avancé, c'est le besoin en fonds de roulement.

Tant que l'activité est stable, le décalage se reproduit à l'identique chaque mois et la trésorerie reste étale. Quand l'activité croît vite, le montant avancé grandit avec elle : doubler le chiffre d'affaires, c'est à peu près doubler le besoin en fonds de roulement. L'entreprise gagne de l'argent sur le papier, mais le consomme en trésorerie.

Le phénomène est d'autant plus marqué que les délais de paiement accordés aux clients sont longs et que les marges sont faibles. Une entreprise de négoce, qui achète et revend avec une marge réduite, le ressent beaucoup plus vite qu'une société de services payée à la commande.

Un exemple chiffré

Prenons une PME qui réalise 1,2 M€ de chiffre d'affaires, avec un besoin en fonds de roulement de 45 jours de chiffre d'affaires, soit environ 150 000 €. Elle signe un nouveau client et passe à 2 M€ en un an. À délais constants, son besoin grimpe à environ 250 000 € : il lui faut trouver 100 000 € de trésorerie supplémentaire, alors même que son résultat progresse.

Si la marge dégagée sur l'année ne couvre pas cette hausse, l'écart se creuse sur le compte courant. C'est l'effet ciseau : les deux lames, activité et trésorerie, s'écartent au lieu d'avancer ensemble.

Les signaux d'alerte

Un découvert qui devient permanent alors que le carnet de commandes est plein. Des fournisseurs payés de plus en plus tard. Des échéances fiscales reportées pour honorer les salaires. Un stock qui augmente plus vite que les ventes. Chacun de ces signaux, pris isolément, peut s'expliquer ; ensemble, ils indiquent que la croissance n'est pas financée.

Le bon réflexe est de suivre le besoin en fonds de roulement exprimé en jours de chiffre d'affaires, mois après mois. Notre article sur le calcul du BFR détaille la méthode.

Les financements qui suivent la croissance

Le financement le plus naturel est celui qui grandit avec le poste clients. L'affacturage finance les factures au fil de leur émission : plus vous facturez, plus la ligne disponible augmente. La cession Dailly joue un rôle proche, auprès de votre banque.

Pour la part durable du besoin, un prêt à moyen terme dédié au fonds de roulement, parfois accompagné d'une garantie Bpifrance, évite de financer du long terme avec du découvert. Enfin, si la croissance exige aussi des investissements, matériel, locaux, recrutements, les solutions de leasing préservent la trésorerie pour le cycle d'exploitation.

Quand la dette ne suffit plus

Une croissance très rapide peut dépasser ce que les banques acceptent de financer sur la base des comptes passés. Renforcer les fonds propres devient alors nécessaire : apport des associés, entrée d'un investisseur minoritaire, quasi-fonds propres. Ces solutions coûtent plus cher que la dette, mais elles rendent possible une croissance que la dette seule ne financerait pas.

Notre mission de levée de fonds accompagne ce type d'opération, du cadrage au closing.

Anticiper plutôt que subir

Le moment idéal pour financer une croissance, c'est avant qu'elle ne pèse sur la trésorerie. Un prévisionnel qui intègre le besoin en fonds de roulement à venir, présenté à la banque avec les contrats signés, obtient bien plus facilement une ligne adaptée qu'une demande en urgence sur un compte déjà débiteur.

Surveillez aussi vos conditions de paiement : chaque jour de délai client gagné, chaque acompte obtenu à la commande, réduit mécaniquement l'effet ciseau.

Enfin, mesurez l'effet de chaque nouveau contrat avant de le signer : un client important qui paie à quatre-vingt-dix jours peut consommer plus de trésorerie qu'il n'apporte de marge la première année. Ce calcul ne conduit pas forcément à refuser le contrat, mais à négocier un acompte, un échéancier ou un financement dédié dès la signature. Les entreprises qui traversent le mieux une phase de forte croissance ont fait de ce réflexe une routine, avec un plan de trésorerie mis à jour chaque mois et partagé avec leur banque.

Cet article a une vocation d'information générale et ne constitue pas un conseil personnalisé. Les règles citées sont celles en vigueur à sa date de rédaction. Un crédit vous engage et doit être remboursé. Vérifiez vos capacités de remboursement avant de vous engager.

Questions fréquentes

Vos questions, nos réponses

Des réponses courtes, à compléter lors d'un échange avec un associé du cabinet.

Parce que la croissance augmente le besoin en fonds de roulement : l'entreprise paie ses achats et ses salaires avant d'encaisser ses clients. Si l'activité croît vite, l'argent avancé augmente plus vite que la marge dégagée, et la trésorerie baisse malgré un bon résultat.

Solutions et cas d'usage associés

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